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La gestion des magasins via des bénévoles n’induit-elle pas une forme de concurrence déloyale vis-à-vis des autres distributeurs de commerce équitable?

Équipe locale
La gestion des magasins via des bénévoles n’induit-elle pas une forme de concurrence déloyale vis-à-vis des autres distributeurs de commerce équitable?

Grande question très fréquemment posée ! Il est vrai que sous un angle de pure concurrence économique en Belgique, l’absence de charge salariale d’Oxfam-Magasins du monde peut potentiellement nuire à la viabilité d’autres acteurs économiques équitables.

Une réponse générale consiste à dire que les bénévoles Oxfam, contrairement à la plupart des autres acteurs équitables, ont un rôle beaucoup plus large que la simple offre économique de produits équitables. Ils ont aussi un large impact sociétal, dans un grand nombre de domaines non nécessairement rémunérateurs ou insérés dans une logique de marché : sensibilisation du grand public aux questions Nord/Sud, expérimentation d’autres alternatives, activisme et plaidoyer au niveau local, bénévolat comme forme de réinsertion sociale ou d’acquisition de compétences, etc. Etre bénévole Oxfam permet notamment de pratiquer de manière concrète la démocratie économique, c’est-à-dire d’expérimenter et de démontrer la crédibilité d’un modèle d’organisation favorisant le dialogue et l’implication de toutes les parties prenantes (via le conseil d’administrations, l’assemblée générale, les commissions, etc.). Les bénévoles jouent le rôle de multiplicateurs de cette expérience alternative dans d’autres domaines et secteurs d’activité. Cette vision du commerce équitable comme porteur d’innovations sociales, c’est-à-dire comme levier de soutien à d’autres alternatives et associations locales, est l’un des éléments essentiels du positionnement global d’Oxfam-Magasins du monde.

Il faut noter par ailleurs que les bénévoles choisissent volontairement de donner leur temps à l’activité de commerce équitable d’Oxfam-Magasins du monde, et ce au profit direct des partenaires producteurs. Dans la mesure où les gains économiques restent, comme évoqués plus haut, confinés à l’objet social Oxfam, ils ne peuvent ainsi se faire qu’au bénéfice de l’autre partie de la chaine, c’est-à-dire les producteurs marginalisés du Sud. L’ensemble du processus n’est donc au final qu’une forme de rééquilibrage ou de redistribution de ressources, au profit d’acteurs de prime abord défavorisés.

Remarquons enfin que l’ensemble du réseau n’est bien sûr pas géré uniquement par des bénévoles, mais aussi par une équipe salariée, s’occupant des questions commerciales, logistiques, administratives, politiques, éducatives, etc. Cela veut dire que le fait de travailler avec des bénévoles génère aussi des coûts, via toutes les formes d’appui qui leur sont fournies. Cela signifie aussi qu’Oxfam-Magasins du monde, au départ un mouvement de bénévoles, a su générer des emplois, à la fois directs (actuellement 66) et indirects (producteurs, transport, support, etc.), à l’image du secteur plus global de l’économie sociale. C’est ce que J. Defourny (centre d’économie sociale de l’Ulg) décrit comme « l’activité bénévole créatrice d’emplois », en lien avec l’acquisition de compétences, le maintien d’une forme d’activité, le développement d’un esprit d’entreprenariat / associatif, etc. Il est par ailleurs loin d’être certain que l’emploi de bénévoles induise une trop forte concurrence. Sans volonté de dévaloriser d’aucune manière leur travail et leur engagement quotidien, les bénévoles restent des bénévoles, aux niveaux de compétences nécessairement variables par rapport à ceux de professionnels. C’est d’autant plus vrai qu’il existe un certain taux de rotation parmi eux, ce qui nécessite de la part d’Oxfam-Magasins du monde un effort continu de formations.